Il y a un âge, quelque part après 60 ans, où certaines publicités commencent soudainement à vous proposer des croisières fluviales, des fauteuils très ergonomiques et des assurances dont vous ignoriez jusque-là l’existence.
L’avantage du vélo, lui, c’est qu’il raconte une autre histoire.
Une étude menée par le Cerema pour le Forum Vies Mobiles auprès des 60-80 ans montre que 28 % d’entre eux utilisent un vélo au moins une fois par semaine. Plus intéressant encore : parmi les cyclistes interrogés, 41 % déclarent avoir augmenté leur pratique avec l’âge, contre 28 % qui l’ont diminuée. Le passage à la retraite, avec davantage de temps et des rythmes moins contraints, n’y est probablement pas étranger.
Bref, le vélo n’a manifestement pas reçu le mémo lui demandant de s’arrêter à la retraite.
Et lorsqu’on passe de la promenade au voyage à vélo après 60 ans, la question la plus intéressante n’est finalement pas « est-ce encore raisonnable ? ». C’est plutôt : comment voyager suffisamment intelligemment pour que le plaisir dure toute la semaine ?
À 60 ans, le problème n’est pas forcément celui que l’on croit
Soyons clairs : partir une semaine à vélo reste une activité physique. On pédale. Il arrive qu’il y ait du vent. Les routes françaises refusent toujours obstinément d’être parfaitement plates.
Mais voyager à vélo n’a pas grand-chose à voir avec participer à une compétition cyclosportive. Il n’y a pas de course ni de classement à l’arrivée. Et si vous souhaitez passer quarante-cinq minutes devant un café dans un village parce que la terrasse est agréable, aucune fédération internationale ne viendra vous sanctionner.
Un séjour bien pensé peut alterner 30, 40 ou 50 kilomètres de vélo, une visite, un déjeuner, quelques arrêts et une arrivée suffisamment tôt pour profiter de l’étape. La distance pertinente dépend du relief, de l’habitude de chacun et du vélo utilisé.
EVAZIO a d’ailleurs développé plusieurs niveaux de difficulté en cyclotourisme précisément pour éviter l’erreur classique : choisir un voyage magnifique sur la brochure et découvrir au troisième jour que ses jambes avaient une interprétation différente du programme. Après 60 ans comme avant, le meilleur circuit reste celui dont on profite.
Le principal sujet : se sentir en sécurité
C’est probablement l’enseignement le plus utile de l’étude. Chez les cyclistes de 60 à 80 ans, le premier frein à une pratique plus importante n’est ni l’effort, ni le coût, ni même l’âge. C’est le sentiment d’insécurité, notamment face au trafic automobile.
Pour choisir un voyage, cette information est essentielle. Un cycliste qui n’aime plus rouler au milieu des voitures n’a aucun intérêt à sélectionner son circuit uniquement parce que la destination est célèbre. La qualité du tracé compte autant que le paysage.
Les voies vertes, anciennes voies ferrées, chemins de halage et portions protégées prennent alors une autre importance. Le Canal de Garonne à vélo entre Bordeaux et Toulouse en est un bon exemple. L’itinéraire proposé par EVAZIO privilégie un profil roulant et de longues portions aménagées, tout en traversant l’Entre-deux-Mers, Agen, Moissac puis les paysages du Tarn-et-Garonne.
La Loire à Vélo de Tours à Nantes répond à une logique similaire : un grand itinéraire cyclable structuré, jalonné de villes, de châteaux et de services. À 65 ans, un beau voyage reste un beau voyage. Mais un beau voyage où l’on se sent tranquille est quand même nettement plus beau.
Le VAE a changé la géographie des vacances
Il faut également parler de l’éléphant électrique dans la pièce.
Le vélo à assistance électrique a considérablement élargi le choix des destinations accessibles aux voyageurs qui ne cherchent pas la performance. Une côte qui obligeait autrefois un couple à se séparer pendant vingt minutes peut devenir parfaitement anodine. Un itinéraire légèrement vallonné redevient envisageable. Deux personnes ayant des capacités physiques différentes peuvent davantage partager le même rythme.
Pour autant, le VAE ne transforme pas une semaine de vélo en promenade motorisée. Il faut toujours pédaler, gérer ses journées et choisir un parcours adapté. EVAZIO a déjà consacré un guide complet au choix entre vélo électrique et vélo classique. Inutile donc de refaire ici le débat. Retenons surtout une chose : l’assistance permet de choisir davantage un voyage pour ce qu’on souhaite voir que pour ce qu’on pense encore être capable de gravir.
Faire transporter ses bagages, cet incroyable manque d’héroïsme
Il existe encore une certaine mythologie du voyage à vélo. Pour que l’aventure soit authentique, il faudrait théoriquement accrocher sa maison entière derrière la selle, transporter trois kilos de vêtements « au cas où », réparer soi-même son dérailleur sous la pluie et arriver le soir couvert de poussière avec le regard d’Alexandre le Grand traversant la Perse.
On peut aussi faire transporter sa valise. Le voyage fonctionne très bien.
Dans un voyage à vélo sans bagages, l’essentiel reste avec vous pendant la journée tandis que la valise rejoint l’hébergement suivant. Le vélo est plus léger, plus stable et plus agréable à manier.
Après 60 ans, ce confort n’a rien d’anecdotique. Il permet surtout de garder de l’énergie pour ce qui se passe une fois descendu du vélo. Parce qu’un voyage réussi ne consiste pas à atteindre l’hôtel suffisamment épuisé pour contempler son plafond jusqu’au dîner. Il consiste aussi à visiter, marcher, goûter, prendre le temps et comprendre pourquoi cette petite route méritait précisément qu’on vienne jusqu’ici.
Quels voyages choisir après 60 ans ?
Il n’existe évidemment pas de « circuit pour seniors » universel. Et heureusement. Un cycliste de 68 ans roulant trois fois par semaine peut être beaucoup plus à l’aise qu’un quadragénaire dont la dernière relation avec une bicyclette remonte au collège.
L’âge seul est donc un assez mauvais moteur de recherche. Il vaut mieux regarder quatre choses : la distance quotidienne, le dénivelé, la proportion de voies sécurisées et la logistique du séjour.
Pour une première expérience, certains itinéraires offrent toutefois une combinaison particulièrement confortable. Le Canal de Garonne privilégie la douceur du profil. La Loire alterne patrimoine et étapes lisibles. Et une escapade autour du bassin d’Arcachon à vélo permet de tester l’itinérance sur quelques jours, entre pistes cyclables, ports ostréicoles et paysages littoraux.
Le bon choix n’est donc pas nécessairement le parcours le plus facile. C’est celui dont la difficulté laisse encore suffisamment de place au voyage.
Et si le temps disponible était le véritable avantage ?
Il existe enfin une différence majeure entre voyager à vélo à 35 ans avec trois semaines de congés à répartir entre les enfants, la famille et le reste, et partir une fois libéré d’une partie de ces contraintes : le temps.
Pouvoir partir en mai, juin, septembre ou au début d’octobre change profondément l’expérience. Les grands itinéraires respirent davantage, les températures peuvent être plus agréables et les sites touristiques retrouvent parfois un peu d’espace.
EVAZIO a déjà consacré un article au voyage à vélo hors saison, tant cette possibilité modifie la manière de découvrir la France. Pour les jeunes retraités ou les voyageurs disposant de davantage de liberté dans leurs dates, c’est un avantage considérable : on peut choisir son moment au lieu de subir le calendrier.
Après 60 ans, partir moins vite et peut-être voyager davantage
L’étude du Forum Vies Mobiles livre un dernier chiffre assez savoureux : interrogés sur l’âge jusqu’auquel il leur semble possible de faire du vélo, les 60-80 ans répondent en moyenne autour de 84 ans. Les cyclistes réguliers repoussent encore la frontière, autour de 86 ans.
Évidemment, une moyenne statistique ne dit rien de la situation individuelle de chacun. Mais elle dit beaucoup de notre représentation de l’âge.
Un voyage à vélo après 60 ans n’a pas besoin de ressembler à une version ralentie d’une aventure réservée aux plus jeunes. Il peut simplement être un meilleur voyage : un itinéraire mieux choisi, davantage de confort, moins de kilomètres inutiles et plus de temps consacré aux paysages, au patrimoine, aux repas et aux rencontres.
Chez EVAZIO, l’idée est précisément d’adapter le voyage au voyageur plutôt que de demander au voyageur de s’adapter à une idée abstraite de l’aventure.
À 60, 65 ou 70 ans, il reste alors une question essentielle à régler. Bordeaux ou Toulouse ? Loire ou Atlantique ? Vélo classique ou électrique ?
Pour l’âge, on verra plus tard.



